Rapa Nui, perdue au milieu du Pacifique – Partie 1

Rapa Nui, perdue au milieu du Pacifique – Partie 1

Ile de Pâques du 6 au 10 février – Partie 1 : les 6 et 7 février

Une journée de 48 heures

Thomas vous a raconté le début de notre journée du 6 jusqu’à l’arrivée à l’aéroport. Je prends la suite.

Une fois les enregistrements effectués nous pouvons attendre sagement notre avion prévu à 18h25. Après une nuit dans l’avion nous arrivons à Santiago de Chile le… 6 février, à midi ! Nous devons ensuite attendre quelques heures pour prendre l’avion vers l’île de Pâques à 18h20. C’est assez étrange de prendre deux avions à la même heure et le même jour !

Nous mettons les pieds sur l’île de Pâques vers 23h00, sans trop savoir quel jour nous sommes ni quelle heure car il y a deux heures de moins ici qu’à Santiago !  

Avant même de récupérer nos bagages, on nous pousse fortement à acheter nos tickets d’entrée pour le parc, une guérite prévue à cet effet est installée dans le couloir d’arrivée. Ce pass est obligatoire pour sortir de la ville d’Hanga Roa, car l’île est le parc national. Notre pass a été vérifié pour tous les sites de l’île.

Nous décidons ensuite de rejoindre notre logement, une cabane réservée sur Airbnb, à pied car l’aéroport est dans la ville. Les rues ont bien des noms mais pas les ruelles, en terre. Le GPS n’est pas très utile non plus et nous voilà plantés dans la rue sans savoir où aller. Nous avisons un passant et lui demandons s’il connaît la maison de notre hôte. Malheureusement non, mais il propose d’aller demander à un ami qui habite non loin de là. Nous voilà donc en train de suivre un inconnu sur un chemin de terre éclairé seulement par le clair de lune. Autant dire que je me suis demandée si c’était vraiment une bonne idée ! Après 10 minutes de marche nous parvenons à la maison de l’ami en question. Notre guide nous présente comme des amis et demande s’ils connaissent notre hôte. Oui ! Mais ce n’est pas ici, il faut revenir sur nos pas. Et là, comble de la gentillesse, notre guide et son ami nous emmènent en voiture jusqu’à notre logement !

Nos hôtes sont sur le pas de la porte et commençaient à s’inquiéter pour nous. Ils nous accueillent à bras ouverts et nous montre la cabane, petite mais propre et agréable.  Elle possède une salle d’eau, une chambre et un salon/salle à manger. C’est parfait pour la suite du séjour. Nos hôtes nous conseillent d’aller en ville prendre un verre pour le festival de l’île mais il est plus de minuit et il est temps que cette journée du 6 se termine. Nous déclinons et nous couchons.

Quelques repères chronologiques

  • En 800 ou 1200 : arrivée des premiers colons polynésiens venus des Iles Marquises en pirogue à balancier et début du culte des ancêtres, représentés par les Moai, ces grandes statues construites au regard de la richesse de la tribu commanditaire car les ouvriers étaient payés en nourriture et la taille de la roche pouvait prendre 2 ans
  • Entre 1500 et 1600 : changement de culte au profit du culte de l’homme-oiseau
  • 1770 : arrivée des premiers espagnols (la découverte de l’île par les européens date de 1722, mais personne n’en faisait grand cas)
  • 1859-1863 : les marchands d’esclaves péruviens embarque une grande partie de la population pour l’emmener dans les mines, avec capture et massacre des guerriers, des prêtres et du prince héritier
  • 1860-1870 : la population décline encore à cause des maladie européennes
  • 1864 : début de l’évangélisation des habitants restants
  • 1888 : annexion de l’île par le Chili
  • 1888 (?) – 1953 : concession de l’île aux anglais pour l’élevage intensif de moutons et les habitants sont parqués dans la réserve, autour de la ville
  • 1966 : les habitants reçoivent la nationalité chilienne et sont libres de quitter la réserve et l’île
  • 2007 : l’île devient un “territoire spécial” mais dépend toujours de la province de Valparaiso
  • 2017 : arrivée de Thomas et Irène sur les lieux

Pour notre visite nous allons remonter le temps, de la découverte de la vie locale à l’immersion dans le monde de Moai, ces fameux géants de pierre.

Et quelques repères géographiques

Carte de l'île
Carte de l’île avec tous les « ahu » (autel)

L’île est assez petite, 162 km², de forme triangulaire avec un volcan à chaque pointe : Rano Kau au sud-ouest, Rano Raraku à l’est et Rano Aroi au nord-ouest. Ce dernier est le point culminant de l’île avec ses 510 mètres.

Au total, plus de 70 volcans, heureusement tous éteints depuis un bon millier d’année, façonnent le paysage de l’île en une multitude de collines et monts.

Il n’y a qu’une seule ville, Hanga Rua, où se concentre la grande majorité des habitants (autour de 3500).

Jour 1 : excursion dans le sanctuaire de l’homme-oiseau

Nous nous réveillons vers 10h après une nuit un peu compliquée du fait des bruits des chiens, des coqs et des chevaux, puis partons à la découverte de Hanga Roa. Les rues principales sont pavées mais la terre battue domine donnant une couleur ocre au décor. Les restaurants et échoppes touristiques vendant statues et paréo s’alternent dans les rues. Des marchands de rue proposent des ananas et quelques autres légumes. Nous craquons pour un petit ananas que nous mangeons dans la rue. Il est délicieux ! Nous achetons également des empanadas, sorte de chaussons fourrés à la viande, aux légumes,… selon les recettes. Nous finissons cette virée en ville par l’office du tourisme : la dame est particulièrement peu aimable. On lui demande un plan des : “vous n’avez pas eu de plan à l’hôtel?”, on lui demande des idées de randonnée “vous avez l’échelle sur la carte, vous ne pouvez pas calculer?” et enfin on lui demande le programme du festival “il n’y en a plu”. Bon, merci au revoir…

Hanga Rua : le point wifi
Hanga Rua : le point wifi
Hanga Rua
Hanga Rua
pause ananas
pause ananas
L'église d'Hanga Rua
L’église d’Hanga Rua
Le port de Hanga Rua
Le port de Hanga Rua

Après ce désagrément, nous retournons à la cabane pour y manger nos empanadas puis nous équipons pour explorer le sud-ouest de l’île.

Notre petite cabane
Notre petite cabane

En route donc pour l’un des trois principaux volcans de l’île. Non seulement nous ne nous attendions pas à un paysage si vallonné mais nous avons une autre surprise positive : l’île est très verte, un beau vert émeraude, et il y a quand même des arbres un peu partout. Nous étions préparé à quelque chose de plus hostile compte tenu de l’histoire des lieux que je vous conterai dans un second temps pour ne pas troubler le récit.

Une maison sur la route
Une maison sur la route
Le chemin bien aménagé à travers une propriété
Le chemin bien aménagé à travers une propriété
Belles vagues
Belles vagues

J’en reviens donc à notre excursion vers le volcan Rano Kau. Cela grimpe un peu mais les paysages sont très beaux, surtout que le soleil brille. Nous parvenons au cratère qui se découpe sur la mer. En son centre, un lac couvert de végétation diverses. Nous prenons quelques photos puis allons sur le site d’Orongo jouxtant le cratère. Ce site servait pour le culte de l’homme-oiseau (Tangata Manu), pratiqué pendant une centaine d’année jusqu’au début du siècle. je vous en parle de façon plus détaillée dans la suite de l’article. Nous nou promenons parmi les vestiges subsistant : les abris où les chefs et prêtres restaient pour se préparer à la compétition et quelques pétroglyphes.

Panorama à Rano Kau
Panorama à Rano Kau
Le lac au coeur du cratère de Rano Kau
Le lac au coeur du cratère de Rano Kau
Le site d'Orongo
Le site d’Orongo
Le site d'Orongo
Le site d’Orongo
Les îlots, cibles de la compétition
Les îlots, cibles de la compétition
Pétroglyphes sur le site d'Orongo
Pétroglyphes sur le site d’Orongo

Au retour, nous poussons jusqu’au nord de la ville pour admirer les Moai au soleil couchant.

Les Moai de Tahai
Les Moai de Tahai
Détail du seul Moai avec des yeux en corail conservé à ce jour
Détail du seul Moai avec des yeux en corail conservé à ce jour
Les Moai de Tahai au soleil couchant
Les Moai de Tahai au soleil couchant
Au soleil couchant, un spectacle sublime
Au soleil couchant, un spectacle sublime

Nous rentrons ensuite à la cabane pour dîner puis sortons en ville pour profiter des événements : nous sommes en plein dans la période du festival Tapati qui dure 15 jours. Nous n’aurons pas la chance de participer aux activités physiques (descente de volcan sur des feuilles de bananier, courses en portant un régime de bananes…) mais tenons à aller aux soirées.

Nous arrivons sur les lieux vers 23h et tombons sur un concours d’accordéon ! Nous ne nous y attendions pas du tout. Les concurrents défilent un à un sur scène pour jouer un morceau et sont notés par un jury. Après 1h30 d’accordéon, place aux guitares. Nous sommes à deux doigts de rentrer car la soirée n’est pas très dynamique quand enfin justement les danseurs arrivent sur scène. Il y a bien une vingtaine de musiciens et une centaines de danseurs et danseuses, tous vêtus en tenue traditionnelle. Nous profitons du spectacle pendant une bonne trentaine de minutes puis rentrons nous coucher vers 1h.

La scène du festival et les danseurs
La scène du festival et les danseurs

Un peu d’histoire :

Les arbres ont souffert pour de multiples raisons au cours de la colonisation des lieux :

  • L’utilisation par les premiers habitants, arrivés en 800 environ en pirogue depuis la Polynésie,  tant pour leur bateau que pour brûler les morts. Un site à été découvert avec plus de 80 kg de cendre par exemple.
  • Autre raison la multiplication du nombre d’habitants allant jusqu’à 15 000 à certaines périodes  (contre un peu moins de 4000 aujourd’hui).
  • Enfin, lorsque l’île est devenue chilienne, le pays l’a mis en concession auprès des anglais qui y ont amené des milliers de moutons : les habitants ont été parqués en ville et les moutons étaient en liberté… les arbres ont été arraché pour gagner en espace herbeux.

Pour continuer sur les malheurs des pascuans, leur nombre a grandement chuté (jusqu’à 110 habitants) suite à la mise en esclavage par le Pérou qui est venu chercher de la main d’oeuvre pour ses mines. Beaucoup y périr. Quelques survivants furent délivrés et rapatriés sur l’île mais la plupart moururent pendant la traversée.  Seules 15 personnes retournèrent à leurs familles mais, porteuses de maladies sources de mortalité pour les locaux, non immunisés. Cette disparition massive de la population explique en grande partie la perte de connaissance des mythes et traditions : les détenteurs du savoir ont disparus dans un laps de temps très court. Les missionnaires ont fait le reste en détruisant les Rongo-Rongo, sorte de pierre de rosette, où était consignée une partie des traditions. Bref, tout cela fait que cette île est devenue une terre de légende où mille théories sont possibles.

Le culte de l’homme-oiseau :

Les chefs des différentes tribus se réunissaient chaque année pour nager jusqu’à l’îlot voisin, Motu Nui, en bravant les courants et les requins. Ils restaient ensuite sur l’îlot jusqu’à ce que l’un d’entre eux trouve le premier oeuf de manutara, sterne migratrice. L’oeuf volé, tout le monde rentrait sur l’île principale. Le vainqueur devenait alors une sorte de demi-dieux et passait une année à méditer avant de prendre une part active aux décisions locales. J’en profite pour parler d’une autre coutume : les jeunes filles en âge d’être mariée étaient enfermées 6 mois, nues, dans une grotte pour que leur peau blanchisse. Pendant cette période, les lèvres vaginales étaient massées et étirées (parfois jusqu’à 8 centimètres). Suite au concours de l’homme-oiseau, toutes les jeunes filles s’allongeaient nues devant les chefs et prêtres et leurs lèvres étaient mesurées. Celle qui avait les plus longues était choisie pour être là femme de l’homme-oiseau. La dernière femme mariée dans ces circonstances est décédée en 1948 ! Voilà pour l’explication simplifiée du culte.

2 thoughts on “Rapa Nui, perdue au milieu du Pacifique – Partie 1

  1. coucou!
    on suit votre périple avec plaisir ! mais nous sommes déçus par l’absence de photos de la descente du volcan sur feuille de bananier, voilà une activité qui parait tout à fait intéressante. Et mention spéciale pour la pause ananas !
    à +
    Claire et Julien

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