Pas de gel à Ushuaïa

Pas de gel à Ushuaïa

Du 22 au 25 mars

Je passe rapidement sur la journée du 21 mars, dédiée au repos à Puerto Natales et continue sur le récit de notre périple jusqu’au bout du monde : la ville d’Ushuaïa.

Le trajet

En ce mercredi matin, nous sommes attendus à la gare à 6h45 où un bus doit nous mener jusqu’à Punta Arenas, ville chilienne située à près de 300 km au sud. De là, un bus doit nous mener jusqu’à Ushuaïa. Celui-ci part à 8h30 de Punta Arenas. Les plus rapides auront déjà fait le calcul, 300 km en 1h45, sur une route patagonienne, c’est utopique (et pourtant, ils peuvent rouler vite). En effet, ça l’est : sur les coups de 9h notre bus s’arrête au milieu de nulle part et demande aux passagers à destination d’Ushuaïa de descendre et de récupérer leurs bagages en soute. Nous sommes donc une quinzaine, abandonnés sur le bord de la route, à attendre le bus de Punta Arenas (il y a en fait une jonction à quelques centaines de mètres). Il fait frais mais beau donc ça va. Une demi-heure plus tard, après avoir vu passer plusieurs bus sauf le nôtre, celui-ci arrive enfin et nous reprenons la route direction la Terre de Feu.

L'arrêt de bus au milieu de nulle part
L’arrêt de bus au milieu de nulle part
L'arrêt de bus, enfin on espère ne pas être abandonnés là
L’arrêt de bus, enfin on espère ne pas être abandonnés là

Une heure plus tard, nous arrivons à l’embarcadère du bac où bus, camions et autres véhicules attendent patiemment leur tour. Les bus ont visiblement la priorité car nous passons devant tout le monde et traversons le détroit de Magellan en une demi-heure. Nous aurons même la chance d’apercevoir des dauphins noirs et blancs ainsi sue des otaries !

Notre ferry nous attend
Notre ferry nous attend
Notre ferry en croise un autre
Notre ferry en croise un autre
Terre de feu droit devant
Terre de feu droit devant
Un débarquement parfois compliqué sans les freins
Un débarquement parfois compliqué sans les freins

De l’autre côté du détroit, ça y est ! Nous posons le pied sur l’île de Terre de Feu, appelée ainsi lors de sa découverte par Magellan, ayant aperçu la fumée de feux de camp autochtones (un peu comme la Bay of Fires en Tasmanie). Après une trentaine de kilomètres, la route, goudronnée jusqu’à présent, se transforme en route en terre : le gouvernement chilien n’ayant plus de villes au-delà n’a probablement pas jugé nécessaire de faciliter le passage vers l’Argentine. S’en suivent une centaine de kilomètres à 50 km/h jusqu’aux frontières. Comme d’habitude, nous faisons la queue deux fois mais comme nous ne sommes pas le premier bus, cela prend un temps fou et nous ne quittons la frontière Argentine que vers 16h pour retrouver la route goudronnée. C’était notre cinquième et dernier passage de frontière Chili-Argentine (trois dans ce sens, deux dans l’autre) ! Nous arrivons à Ushuaïa à 20h, après une longue journée et décidons de rejoindre notre logement à pied, l’air est doux et nous avons besoin de nous dégourdir les jambes !

Jour 1 : balade dans la ville

Un peu de repos après nos aventures de la veille, nous traînons dans notre logement le matin et, après quelques courses chez Carrefour (si, si !) et un déjeuner maison, nous voilà partis pour découvrir la ville la plus au sud du monde. Bon, en vrai, Puerto Williams, un village situé de l’autre côté du canal de Beagle, au Chili, est encore plus au sud mais il n’a pas le statut de ville selon les critères de l’ONU : le statut de ville est attribué aux bourgades de plus de 20 000 habitants, Puerto Williams compte un peu plus de 2000 âmes contre près de 60 000 pour Ushuaïa. Donc techniquement, Ushuaïa est bien la ville la plus au sud. N’allez pas dire le contraire à un argentin !

Nous marchons vers le port où les agences de voyage se battent pour proposer aux touristes de passage différentes croisières dans le canal pour observer faune et flore. Après avoir discuté avec trois d’entre elles, nous réservons pour le lendemain matin, les conditions étant censée être les meilleures pour naviguer. Nos critères : un petit bateau (10/12 personnes, pas un catamaran à 40 personnes), le prix 1100 pesos (66 €) par personne et les options proposées : une mini randonnée sur un îlot du canal est prévue et le tour inclut la dégustation d’une bière locale au retour. Nous faisons l’impasse sur l’option « balade avec les pingouins », qui dure toute la journée pour ne finalement passer que quelques dizaines de minutes dans un groupe de vingt au milieu des pingouins pour un prix exorbitant.

Reflets de la ville
Reflets de la ville
D'un autre angle
D’un autre angle

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Ushuaïa et son glacier au loin
Ushuaïa et son glacier au loin
Reflets
Reflets
Bateau à voile et à moteurs
Bateau à voile et à moteurs
Le San Christopher, des années 1930 et visiblement hors service
Le San Christopher, des années 1930 et visiblement hors service
Des airs de ports bretons
Des airs de ports bretons
La petite capitainerie
La petite capitainerie
Le panneau de la fin du monde
Le panneau de la fin du monde
Un Kelp Goose mâle
Un Kelp Goose mâle
Un pétrel géant Antarctique
Un pétrel géant Antarctique
Oiseau (oui, désolée je ne connais pas son nom)
Oiseau (oui, désolée je ne connais pas son nom)

La sortie réservée, nous décidons d’aller nous cultiver au musée maritime, situé dans l’ancien bagne. Ce musée est en fait un mélange de musée maritime, historique et artistique. Les expositions sont réparties dans les différentes ailes du bagne, et les anciennes cellules hébergent les présentoirs et autres objets d’exposition. Le tout est un peu décousu et nous ne comprenons pas le fil directeur de certaines expositions. Nous en apprenons néanmoins un peu plus sur l’histoire de la ville, créée en 1870 pour étudier les peuples Yagan puis transformée en 1884 en bagne, qu’elle restera jusqu’en 1947. Elle accueillait alors les prisonniers de droit commun et les prisonniers politiques.

Le phare du bout du monde reproduit dans le musée
Le phare du bout du monde reproduit dans le musée
La prison
La prison

Quelques planches nous informent également sur l’histoire des expéditions en Antarctique : 90% des expéditions actuelles font escales ou partent d’Ushuaïa. Nous verrons d’ailleurs dans le port un navire argentin être deux missions.

Nous terminons la journée en nous baladant dans la rue principale, faisons un arrêt dans une brasserie artisanale où nous goûtons la bière locale en écrivant des cartes postales, avant de rejoindre notre logement pour nous faire à manger.

Maison du début du siècle
Maison du début du siècle
Une autre
Une autre
Une des rues
Une des rues
Séance d'écriture
Séance d’écriture

Jour 2 : croisière et randonnée

Aujourd’hui, c’est croisière ! Nous avons rendez-vous à 9h45 pour un départ à 10h, nous partons avec quinze minute de retard car il semble que nous attendions des personnes qui ne viendront pas. Tant mieux ! Nous sommes quatre touristes sur le bateau, avec la guide, le capitaine et un ami de la guide, autant dire que la matinée se passera en petit comité, loin de la foule des catamarans. Vous l’aurez remarqué si vous êtes assidus de ce blog, mais nous n’aimons pas la foule !

Ushuaïa s'éloigne doucement
Ushuaïa s’éloigne doucement

Bref, nous voilà partis pour une excursion de 4h dans le canal de Beagle. Considéré comme la seule mer qui touche l’Argentine (le reste de ses côtes est bordé par l’océan Atlantique), le canal sépare la grande île de Terre de Feu de l’île de Navarino au sud, entièrement chilienne. Au milieu du canal se trouve un petit archipel, les îles Bridges, du nom de Thomas Bridges, l’un des premiers colons de la région et, à leur extrémité le phare « Les Eclaireurs » (en français dans le texte), le phare le plus septentrional.

Nous nous dirigeons vers les premières îles pendant que la guide nous fait asseoir en proue du bateau, sous un beau soleil et une mer calme, pour nous décrire la géographie de la région, carte maritime à l’appui. C’est instructif, nous réchauffons notre espagnol un peu délaissé ces dernières semaines au profit de l’anglais. Nous voyons quelques oiseaux de mer et des pingouins de Magellan barboter autour de nous. Et, alors que nous nous approchons des premières îles pour en observer la faune, le capitaine annonce un changement de cap direction le phare au loin car un des bateaux qui nous précède a vu des « bachénas ».

Et là, Irène et moi nous regardons, chacun lisant l’incompréhension dans les yeux de l’autre. Nous demandant à la guide et nos comparses argentines ce qu’il en ressort, celles-ci nous confirment que nous allons voir les bachénas. Certains d’entre vous auront peut-être déjà compris, mais il nous a fallu cinq minutes d’analyse pour choisir si la première lettre était un « v » ou un « b » (prononcés, à nos oreilles non initiées, de la même manière) et si le son « ch » en était bien un ou plutôt le lettre espagnole « ll », prononcée « ch » en Argentine… Ayant un doute quant à la présence d’une espèce de vache au fond de la baie, nous nous décidons pour l’explication la plus plausible et la plus excitante : des baleines ! Et oui, les ballenas, tout simplement !

Et c’est bien de ça dont il s’agit, notre embarcation se dirige droit vers un banc de cétacés dont nous apercevons déjà les jets d’eau percer la surface au loin. Sur les lieux, nous avons l’énorme chance de voir ces animaux sortir de l’eau pour prendre de l’air. Il y en a plus d’une douzaine, chaque bateau s’approche prudemment, évitant d’encercler les baleines mais plutôt en voguant à leur côté. Celles-ci ne semblent pas gênées, elles sortent régulièrement à quelques mètres de nous, parfois en groupe de deux ou trois bêtes, pour notre plus grand plaisir. Notre guide, Laura, toute aussi excitée que nous, nous explique que c’est la période des migrations vers le nord. Les baleines rejoignent les côtes de l’équateur pour l’hiver austral après avoir profité des immenses réserves de poissons de l’Antarctique. Ce groupe particulier a dû décider de prendre un raccourci par le canal de Beagle, ce qui n’est pas fréquent. Même le capitaine est aux anges, montrant à quel point nous sommes chanceux.

Première baleine au loin
Première baleine au loin

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Nous laissons les baleines continuer leur périple et reprenons le cours de l’excursion. Notre traque nous ayant mené jusqu’au phare, nous en faisant le tour pour une petite séance photo avant de nous diriger vers les îles les plus proches où nichent différentes espèces d’oiseau.

Le phare Les Eclaireurs
Le phare Les Eclaireurs
Les éclaireurs et Thomas
Les éclaireurs et Thomas
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Selfie du bout du monde
L'île des cormorans
L’île des cormorans
Séchage
Séchage
Cormorans impériaux
Cormorans impériaux

Un peu plus loin, nous approchons une autre île où paressent lions de mer et phoques (tout du moins, d’après nos traductions).

Groupe de phoques
Groupe de phoques
Phoques et albatros
Phoques et albatros
Phoques et cormorans impériaux
Phoques et cormorans impériaux

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Ca grattouille
Ca grattouille

Enfin, nous rejoignons l’île Thomas, île principale des îles Bridges, où nous débarquons pour une petite balade d’une demi-heure. Laura nous montre quelques coquillages, expliquant le rôle de chacun, nous observons des algues de près pour comprendre comment celles-ci s’ancrent au fond de l’eau tout en flottant à la surface. Passée cette séance de (re-)découverte des bords de mer, nous grimpons quelques rochers jusqu’à la lande dont la flore présente la particularité de pousser en milieu alpin ! Nous sommes pourtant à dix mètres au dessus du niveau de la mer ! Parmi cette végétation, nous découvrons une mousse très compacte qui croît de quelques millimètres par an seulement. Certains spécimens doivent être là depuis plusieurs centaines d’années.

Lichen
Lichen
La mousse qui pousse lentement
La mousse qui pousse lentement
Notre petite embarcation
Notre petite embarcation
Un vautour (Turkey vulture)
Un vautour (Turkey vulture)
Un caracara huppé
Un caracara huppé

Nous terminons cette balade sur un promontoire nous offrant un point de vue sur la ville d’Ushuaïa et son aéroport d’un côté, sur l’île de Navarino de l’autre. Nous ne sommes toutefois pas assez hauts pour voir le Cap Horn, situé à une centaine de kilomètres.

Vue depuis l'île
Vue depuis l’île

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Descente à la corde
Descente à la corde

De retour au bateau, c’est l’heure de la détente : nous nous posons au soleil, en proue du navire, pour siroter un demi de Beagle, la bière locale.

Santé !
Santé !

Nous avons même la chance de retrouver quelques baleines qui se sont approchées du port et nous en profitons une dernière fois, seuls sur l’eau, les autres bateaux étant déjà rentrés au port.

Un pinguin
Un pingouin
Vol de cormorans dans le canal de Beagle
Vol de cormorans dans le canal de Beagle

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Elles viennent vers nous
Elles viennent vers nous

Nous débarquons les yeux amplis de belles images mais la journée n’est pas terminée. Nous voulons profiter du beau temps pour aller nous balader jusqu’au lac Esmeralda. Le point de départ de la randonnée est situé a 20 km du centre et notre hôte nous a indiqué que l’autostop fonctionnait très  bien. Nous suivons ses conseils et effectivement, deux minutes après notre arrivée sur la route principale, une dame nous embarque et nous dépose à l’entrée de la ville à 7 km. Nous tentons le coup à nouveau et à peine une minute après avoir levé le pouce, c’est une famille qui nous prend en charge et nous dépose au point de départ de la rando. Voilà une affaire rondement menée : moins d’une heure après avoir mis pied à terre, nous sommes en route vers le lac.

Le chemin traverse bois et vallée, aux couleurs déjà automnales. Ce dégradé de couleurs chaudes, du rouge profond à l’or éclatant est absolument superbe. Nous en savourons les reflets moirés pendant toute la balade. Nous traversons plusieurs rivières sur lesquelles des castors ont construit des barrages, puis ça se corse : nous abordons un champ de boue, une vraie pataugeoire que nous tentons tant bien que mal de traverser sans trop salir nos chaussures.  Deux heures de grimpette plus tard, nous voilà arriver au lac. Après une petite pause, nous repartons dans l’autre sens et rejoignons le parking en une heure. Dans ce sens, nous avons moins de succès avec le stop. Mais relativisons, nous attendons au final un quart d’heure avant d’être raccompagnés par Gustavo, avec qui nous discutons voyage.

La forêt s'ouvre à nous
La forêt s’ouvre à nous
Belles couleurs
Belles couleurs
Rivière et barrage de castors
Rivière et barrage de castors
L'automne est bien là
L’automne est bien là
A pas tranquilles
A pas tranquilles
Un grand lutin vers la montagne
Un grand lutin vers la montagne
Même la montagne offre un beau dégradé de couleurs
Même la montagne offre un beau dégradé de couleurs
Racine (pas le dramaturge français)
Racine (pas le dramaturge français)

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Dans la boue bien spongieuse
Dans la boue bien spongieuse
Laguna Esmeralda
Laguna Esmeralda

Après cette journée épuisante, mais riche en émotions et haute en couleurs, nous sommes contents de retrouver un vrai lit et un toit qui nous protège des averses de la nuit.

Jour 3 : dernier tour de piste avant l’envol

Nous profitons du fait que personne n’a loué notre chambre Airbnb pour traîner et finir nos sacs. Nous décollons en fin d’après-midi pour Buenos Aires et n’avons donc rien de prévu pour la journée.
Pour profiter néanmoins du grand soleil, nous emballons nos restes et allons pique-niquer sur la jetée, face à la baie d’Ushuaïa, conscients que c’est probablement la dernière fois que nous profitons de ce paysage. Un dernier tour en ville pour boire un chocolat chaud et nous rentrons récupérer nos sacs pour nous rendre à pied jusqu’à l’aéroport.

Celui-ci se situe à 5 km du centre et une promenade piétonne permet d’y accéder sans risque. Inutile de préciser que nous sommes les seuls avec des sacs à dos parmi les joggers et les badauds promenant leur chien. Mais la promenade est agréable, avec vue sur le canal et les montagnes chiliennes derrière. À l’aéroport, après avoir enregistré nos bagages, nous restons nous prélasser au soleil jusqu’au moment de l’embarquement, et nous voila partis pour un saut de puce de 3000 kilomètres.

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