Une étape imprévue sur la Carretera Austral

Une étape imprévue sur la Carretera Austral

Du 28 février au 2 mars

Jour 1 : bus

Ce matin, il pleut sur Puerto Rio Tranquilo. Nous sortons difficilement de notre tanière vers 10h et constatons que le bas de la tente est noir de boue… Nous passons l’éponge sur le dessus de la tente pour enlever un maximum d’eau puis trouvons deux crochets sur le mur d’un hangar pour la suspendre le temps du petit-déjeuner.

Nous nous attelons ensuite au nettoyage avec un seau et notre éponge, cela nous occupe une grosse heure. Vers midi, il est temps de tout ranger si nous voulons avoir le bus vers Cochrane. Nous ouvrons la porte du hangar dans l’espoir de trouver une surface plane et sèche mais c’est assez sale et cela sent la viande avariée. Il y a même encore une scie couverte de chair et des bouts de viande au sol… bizarre. On plie vite fait la tente pour ne pas rester dans ce lieu désagréable !

Toujours sous la pluie, nous partons avec nos affaires sur le dos vers la boutique qui fait office d’arrêt de bus. Il est 12h30 lorsque nous y arrivons et d’après la vendeuse, le bus passe entre 13h et 15h, à l’heure chilienne donc… Il n’y a donc plus qu’à attendre, en sirotant un café bien chaud. Une heure après, nous attendons toujours : je décide d’aller chercher un en-cas pour ce midi. Quasiment toutes les boutiques sont fermées mais je réussi à trouver des empeñadas. Je rejoins Thomas et l’attente se prolonge jusqu’à 14h. Le bus est là et il reste de la place ! Nous mangeons rapidement nos empañadas encore chaudes et nous installons pour 3h30 de bus.

17h30, nous arrivons à Cochrane, ville de passage sans grand intérêt et là, le parcours du combattant commence ! Nous commençons par l’office du tourisme où l’on tombe, ô joie, sur une jeune dame sympathique et efficace. Nous nous renseignons sur les logements pour la nuit, sur les supermarchés où l’on peut trouver des légumes (mais ils ne sont livrés qu’une fois par semaine donc peu de chance d’en trouver) et surtout sur les transports.

Notre but : atteindre Villa O’Higgins, le village le plus au sud de la Carretera Austral, pour ensuite continuer à pied jusqu’en Argentine. De Cochrane, il existe un bus direct qui part le lendemain, mercredi, ou 3 jours plus tard, samedi. Il existe également un bus qui va à Tortel, mais dans ce cas là il faut vérifier que le bus Tortel-Villa O’Higgins circule bien. Un dernier point à vérifier : la place disponible dans le ferry qui part de Villa O’Higgins (VOH pour les intimes) pour nous emmener jusqu’au début de notre randonnée.

Heureusement, la dame nous indique, sur le plan de la ville, les deux agences à aller voir et nous dit qu’elle vend les tickets pour le ferry. Nous commençons donc par demander à l’agence qui gère le trajet Cochrane-VOH mais il n’y a plus de place pour le lendemain.

Nous nous rendons à la deuxième agence, qui s’avère être une boutique de chaussures : il y a des places pour Tortel le lendemain matin. La vendeuse nous donne le numéro de l’agence qui gère le trajet Tortel-VOH. Thomas appelle (heureusement que l’on a du forfait chilien !) mais cette tombe sur la personne de VOH qui ne gère pas le trajet dans le sens Tortel-VOH. Cette personne lui envoie par SMS le bon numéro. Thomas appelle donc ce deuxième numéro qui lui confirme tant bien que mal qu’il y a bien un bus le sur-lendemain, jeudi, de Tortel à VOH ! Banco ! La couverture mobile étant (très) mauvaise à Tortel, Thomas réserve cette portion de trajet par SMS pendant que je retourne à la boutique de chaussures réserver deux places dans le bus du lendemain.

Nous voilà parés : mercredi trajet jusqu’à Tortel le matin puis départ jeudi après-midi vers VOH. Nous filons ensuite à l’office du tourisme pour réserver le ferry, il reste des places pour le vendredi matin, tout se goupille bien ! Nous aurons même la chance de visiter Tortel.

Il est temps maintenant de se mettre à la recherche d’un logement, ce qui n’est pas une mince affaire. Avisant une enseigne, nous frappons et une grand-mère nous ouvre. Le prix des chambres nous semble un peu élevé aussi nous tentons plus loin, mais tout est pris ou alors au même prix. Nous arrivons devant un camping, ou plutôt un grand jardin qui fait office de. Le propriétaire est sur le pas de sa porte et nous explique que nous avons à notre disposition un coin cuisine avec gaz et que l’on peut mettre la tente où l’on veut. Le temps a l’air de s’améliorer, et malgré notre nuit précédente sous la pluie, ce sera camping ce soir ! Et pas n’importe où : dans l’établi, après avoir fait un peu de place au milieu des fourches et des pots de peinture. Un lapin mort est pendu à un clou, une mâchoire de cheval à un autre et sur un troisième il y a un os non identifié. En plus, lorsque nous montons la tente, nous constatons que l’odeur de chair morte du matin s’est imprégnée. Cela créé un cadre pour le moins étrange, voire déroutant pour les petits parisiens que nous sommes, mais nous sommes au sec.

Un peu plus tard dans la soirée, le propriétaire allume même un poêle dans une petite maison dont la pièce unique est équipée de deux canapés et quelques chaises : parfait pour la tisane avant d’aller au lit !

Jour 2 : Tortel, aux airs de bout du monde

8h30, il est l’heure de se lever même si nous aurions bien dormi un peu plus : les chiens et coqs ont donné de la voix toute la nuit et cela ne fut pas de tout repos. Enfin, on a quand même un bus à prendre à 10h.

Il s’agit plutôt d’un mini-bus, de 9 places, et qui nous mène sans encombre à Tortel où nous arrivons sous la pluie à 13h30. Première étape évidemment : l’office du tourisme. Il ne possède pas de carte de la ville mais je peux photographier la grande carte murale. De toute façon, la ville est toute petite et ne possède qu’une rue principale. Plus exactement un ponton, car la ville est construite sur pilotis ! Cela en fait un petit joyau brut perdu au bout d’une route où les passages sont rares, tout comme le soleil !

Devant l’office, nous croisons deux français qui ont eu le courage de camper (le camping municipal est gratuit). Ils nous avertissent cependant : le sol est détrempé et il faut vraiment trouver un bon spot pour ne pas transformer la tente en arche de Noé. Thomas et moi nous mettons en route, il pleut vraiment beaucoup et nous savons que nous allons camper dans les jours qui suivent : nous optons pour l’auberge Gabrielle, qui a une salle commune chauffée et propose des douches chaudes, un luxe ! Les prix ont quand même bien augmenté depuis l’an dernier (2000 pesos de plus par personne), mais nous prenons possession d’une petite chambre au lit d’1m20 de large. Même si la chambre n’est pas chauffée, cela devrait aller pour dormir d’autant qu’il y a 4 couvertures en laine sur le lit.

Vue de notre chambre
Vue de notre chambre

Il pleut, il pleut bergère ! Nos pantalons de pluie, achetés en Nouvelle-Zélande, sont bien utiles ici. Nous partons explorer cette petite bourgade : tout est calme, seuls quelques chiens et quelques touristes se promènent la truffe au vent. Les petites maisons sont mignonnes même si elles sont rudimentaires. Les infrastructures font récentes par contre et bien sûr,  tout est en bois ! Il y a même une petite plage et quelques bateaux. Des tonnes de fushia colorent les rives et servent de garde-manger à des colibris ! Quelle surprise à cet endroit, loin des fleurs et des températures tropicales.

Ville de Tortel
Ville de Tortel
Pensif sous la pluie
Pensif sous la pluie
L'école et un des bâtiments administratifs
L’école et un des bâtiments administratifs
Petite cascade en ville
Petite cascade en ville
Un colibri (cherchez bien !)
Un colibri (cherchez bien !)
Un des kiosques de la ville
Un des kiosques de la ville
Les pilotis qui mènent à la plage
Les pilotis qui mènent à la plage
Prise de hauteur sur la plage
Prise de hauteur sur la plage
Bateaux
Bateaux
Cimetière de bateaux
Cimetière de bateaux
Une mini maison, habitée
Une mini maison, habitée

Nous finissons notre balade par quelques courses (oeufs, saucisses, sauce tomate, fromage et pain) puis allons cuisiner à l’auberge pour les jours suivants. Nous prévoyons quelques difficultés pour se faire à manger si l’on campe aussi nous préférons utiliser une vraie cuisinière tant que cela est possible. Nous passons le reste de la soirée dans cette petite pièce commune bien chauffée à discuter avec les autres locataires, un équipe de biologistes présents pour analyser les populations de cyprès.

Jour 3 : boue et bus

Le ciel est gris, la chambre est froide, dur de quitter notre nid. Nous devons néanmoins rendre la chambre à 10h, donc on s’active ! Quelques tasses de tisanes plus tard, nous quittons l’auberge avec toutes nos affaires vers 11h. Nous souhaitons laisser notre barda dans le local de l’agence de bus mais elle est fermée. Nous laissons donc nos gros sacs dans le mini office du tourisme et décidons de suivre le sentier qui mène aux miradors.

Au début, cela grimpe, cela glisse avec la pluie et la boue mais cela va encore. Ensuite il faut faire attention aux racines glissantes et repérer le chemin entre les buissons. Le premier mirador donne sur la piste d’atterrissage, au milieu d’un marais. Le deuxième mirador donne sur le fjord. Même sous la pluie c’est beau !

Vue sur le fjord depuis le mirador
Vue sur le fjord depuis le mirador
Vue sur la ville depuis le mirador
Vue sur la ville depuis le mirador

Thomas voit sur son GPS que le chemin fait une boucle et, comme notre bus ne part qu’à 16h30, nous décidons de poursuivre pour contourner la ville : mal nous en a pris ! Si le chemin jusque-là n’était pas très praticable, cela devient maintenant un parcours du combattant. Nous passons deux heures à marcher dans la boue, à glisser, à nous écorcher sur les piquants des arbustes et pour finir à patauger dans un ruisseau qui a tout inondé… bref, on s’est même demandé si on allait pas rater notre bus !

Dans la boue
Dans la boue

Nous retrouvons avec joie les pilotis de la ville, puis le café de l’agence de bus. Je décide d’aller chercher nos sacs, restés à l’office du tourisme, mais celui ci est fermé et je ne vois plus nos sacs à travers la fenêtre… je cours voir Thomas qui y retourne et tombe sur un homme qui lui dit que nos sacs sont dans le local juste à côté : les toilettes, ouvertes à tout venant. Nos sacs sont bien là, mais ce fut une petite frayeur.

Deuxième petite aventure : nous réalisons que nous allons arriver vers 20h30 à Villa O’Higgins et que nous risquons de ne pas pouvoir faire de courses ! Il est 16h, notre bus part à 16h30. Je vais à la recherche d’un supermarché, il est fermé, je retourne sur la place me renseigner, on m’en indique un deuxième mais il est vide. Je demande du pain, on m’oriente vers le premier supermarché !  J’y retourne et frappe au carreau. La fenêtre s’ouvre ! Ils n’ont plus de pain, mais j’achète du fromage et du Manjar, le nom chilien du Dulce de Leche (confiture de lait). Entre temps, Thomas a fait la connaissance d’Oliver, un anglais dont vous allez entendre parler dans les prochains articles…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *